On the road again | |
Saloum: fleuve de sel
Sénégal : Porte sur l’Afrique subsaharienne :
Ce voyage nous confirme encore combien il est rencontre : de l’autre, du voyageur et aussi des parts inconnues de nous-même, de notre propre étranger.. En trois semaines, nous voguons vers de nouveaux visages ; des navigateurs de l’Articque, un couple de voile sans frontière que nous accueillerons à bord de même que Mamadou, un pêcheur lébou, et surtout ces villageois du Saloum.
Ce voyage aujourd’hui puise sa richesse dans les acquis du précédent. Les enfants avaient emporté avec eux leur autonomie, leur sécurité intérieure cultivés sur l’Atlantique, sur les terres brésilennes. En ce sens, chacun ira librement, individuellement faire son propre bouquet de rencontres, en y humera son parfum et partagera son essence. L’image représentant à ce jour notre route est celle du matin où Ghislain ou même-même déposons Céline, Flore Edwige et Baptiste sur la rive du fleuve. Ils nous reviennent le soir chargés d’enthousiasme, de questionnements et de prénoms.
Dakar-Saloum, une nuit de navigation, un quart de nuit, des retrouvailles :
Nous sommes partis avec la pleine lune. Elle semblait nous accueillir de toute sa lumière, un sourire rond. L’équipage s’endort, la veille commence : pour ma part, ce sont des retrouvailles. La mer est bavarde pour cette premier nuit au large. Je me couche à l’avant et tend l’oreille. Comme des enfants, chacune des vaguelettes semblaient vouloir en même temps me raconter leur émois du jour. Quelle cacophonie ! Leur voix rebondissaient sur l’eau, certaines plus fortes que l’autre. J’étais attendries par ces confidences. Elles m’étaient caresses. Petit à petit, le vent perdit de sa force, la mer se calma, se lissa jusqu’à recouvrir chacune des vagues. Elles aussi avaient sommeil.
Saloum, fleuve de sel, terre de feu.
Quelques décennies passées, à l’embouchure du fleuve du Saloum une langue de sable, frontière entre l’eau douce et l’eau de mer, cède. Un événement d’envergure. Le sel remonte le fleuve, blanchit et brûle les terres cultivables. Le paysage du Saloum se métamorphose, se désole, les terres s’ « aridifient ». Apercevoir un village vivre sur cette terre morte est bouleversant. C’est asphysiant. Ce serait découvrir un puit sans eau, un arbre sans racine.
C’est étrange, à la vue de ces terres de sel semblent émergées en soi les parties arides de soi-même, le blanc et le noir. L’aridité et le verdoyant, l’abondance et la carence, le désespoir et l’espérance. En soi, naît une force puisée dans ces paradoxes. Cette première rencontre de l’Afrique de l’Ouest secoue, interpelle, questionne, accentue les extrêmes de soi-même.
Pour cela, le Sénégal nous travaille en profondeur. Il vient sur nos terres en jachère, sur nos terres délaissées. Il ne nous laisse pas en paix, il nous travaille.
Baptême.
La rencontre de ce peuple demande d’accueillir l’autre dans sa différence. Nos codes culturels relationnels sont vains. Nos acquis ne sont pas adaptés. Que se dit-il dans ces rencontres ? Que dis-je par mes mots ? Les silences semblent être paroles, le geste aussi.
Leurs croyances sont autres et si présentes dans la relation quotidienne. L’animisme bat dans les racines de leur cœur. Tout semble se lier. Nous sommes bien pauvres et démunis.
Dans un même temps, nos différences se marquent par nos couleurs. L’étranger est visible. Là-bas, les personnes de couleurs blanches sont appelées « toubab ». Il est difficile au départ d’être nommé individuellement avec un terme général. Quel est le contenu de ce mot, quelle est sa mémoire ? Est-ce celle lovée dans les poèmes Leopold Sédar Senghor, premier président sénégalais ; Il implore Dieu :
« Seigneur Dieu pardonne à l’Europe blanche ! Et il est vrai, Seigneur, que pendant quatre siècle de lumières, elle a jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres, Et les chrétiens, abjurant Ta lumière et la mansuétude de Ton cœur, Ont éclairé leurs bivouacs avec mes parchemins, torturé mes talbés, déportés me docteurs et mes maîtres de sciences,… Car il faut que tu pardonnes à ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages.
Et ils les ont dressés à coup de chicotte, et ils ont fait d’eux les mains noires de ceux dont les mains étaient blanches Car il faut que tu oublies ceux qui ont exporté dix millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires, Qui en ont supprimé deux cents millions. Et ils m’ont fait une vieillesse solitaire parmi les forêt de mes nuits et la savane de mes jours. Seigneur la glace de mes yeux s’embue Et voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que j’avais cru mort… Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin et je veux prier singulièrement pour la France. » Quelle imploration a calmé la haine pour rendre plus grand l’amour.
Toutes nos certitudes s’ébranlent et se réélisent. Ce voyage enrichit nos pauvretés. Vivre ces questionnements, ces échanges, ces rencontres, ces lectures en famille est un cadeau.
Mar lodj : La rencontre du peuple Sérère de la Région du Saloum :
Mar Lodj, terre d’accueil de notre famille.
Village logé au cœur de l’île, imperceptible des rives du fleuve, là où les négriers, les pêcheurs d’esclaves, en son temps, ne pouvaient les percevoir . Mar Lodj est quelque peu verdoyant par rapport aux îles voisines .Ruelles de sable et de coquillages ouvertes sur des étendues de terre salée. Ici tout est communautaire : Chrétiens et musulmans y cohabitent, rien n’est frontière. Les cases sont ouvertes à tous, les repas se partagent dans un même plat avec les mains. S’il y a fête chez un voisin, tout le village les rejoigne. De même, les enfants semblent être les enfants de la communauté. Si il y a barrières autour des cases, elles protègent l’habitation des animaux en liberté ; zébus, moutons, chèvres ânes et chevaux se baladent entre les cases. Ils semblent apaisés par cette liberté donnée. Seules les rives leur ordonnent des limites. Il n’est pas rare de manger à une table sous le regard d’un zébu.
Les moyens de transports sont les pirogues et les calèches (charettes tirées par un cheval souvent bien maigre et accablé par la chaleur). Le soir, le village s’endort avec le soleil. Le manque d’éléctricité accentue cette relation entre l’homme et son environnement.
Nos enfants ont cheminés à travers ses ruelles mais surtout vers un rythme d’ici, vers un autre rapport au temps et à l’autre. Pour exemple, Céline, désireuse d’aller découvrir le village, s’y rends le premier jour pour l’après-midi. Je la retrouve au village, le soir, fort agacée. « On a rien fait maman. Je suis restée assise là sur le tronc de l’arbre. Personne ne parlait. » Après une nuit, porteuse de sagesse, elle y retourne pour la journée. A la nuit tombante, je la rencontre sur la place rayonnante tenant une femme par la main me priant de rester loger dans une famille. Elle n’y a rien fait de plus mais elle a calmé ce tumulte du faire et s’est tout simplement posée auprès des villageois. De jour en jour, Céline s’intègre dans le village, y partage la vie communautaire.
Famille chez qui Céline loge. Elle rayonne. Elle y dort, y mange y créer des tableaux de sable.
D’aube en aube, nos enfants quittent le bateau pour s’installer au village. A l’entrée, ils y retirent leurs sandales, comme on rentre chez soi et courent, parcourent les ruelles de sable, en compagnie de leurs nouveaux compagnons de route. Les enfants passeront de case en case et reviendront chaque soir avec de nouveaux prénoms. Flore s’insère dans une communauté de femme. Elle se rend chaque matin au jardin d’enfant secondé Jacqueline, le professeur. Qu’est ce qu’une maman peut espérer de plus à son enfant ?
Foundougne-Bahout-Mounde-l’île au diable.
Nous quittons le village pour une semaine. Un couple de voile sans frontière, Max et Monique, embarque à bord pour pouvoir atteindre les villages le plus isolés du Saloum. Le projet nous interpelle. Ils nous emmènent avec eux partagés repas, visites des écoles, questionnements, réflexions dans chacun de ces villages.
Les villages sont à ce point retirés qu’à notre passage parfois des centaines d’enfants sur le ponton nous attendent, nous pincent, nous observent, ils se bousculent, intrigués, certains même apeurés. Céline, Flore, Edwige et Baptiste sont impressionnés et parfois même se sentent oppressés.
Flore, dans un moment d’exaspération dit : « Je ne suis pas un toubab, je suis Flore, une personne humaine. Un des villages, Bahout, nous interpelle par son isolement et son environnement rude. L’accueil nous touche. Nous décidons en famille de mettre un projet de parrainage en place. Les parrains des enfants:
Il est l’heure de quitter Mamadou, Max et Monique. La vie nous a gâté. Ces rencontres furent cadeaux. Notre matelot de cœur sera Mamadou, est resté plus de 20 jours avec nous. Un homme de peu de mot, plus de silence que de palabres inutiles. Ces silences étaient dialoguent. Nous serons heureux de le retrouver à notre retour à Dakar. Max et Monique, de leur sagesse sont venus adoucir nos questionnement. Merci à eux pour ce beau projet.
L’Equipage :
De jour en jour l’équipage s’affranchit :
Ghislain réussit brillamment, quotidiennement, des examens surprises de mécanique, d’électricité et surtout d’ingéniosité. En effet, le bateau nous réserve bien des misères : plus d’électricité en navigation de nuit, moteur bâbord imprévisible dû à une arrivée d’air dans le circuit diesel, allumage manuel avec câble des moteurs, pompe de cale défaillant,… la liste est longue et quotidienne. Quand nous arrivons à bon port, nous remercions le ciel. Inshalla.
Baptiste a réussi le rite de passage de tout pêcheur : un hameçon dans le doigt. Son cri a concurrencé la prière du matin dans la mosquée.
Edwige, elle, étale son filet de charme dans les villages. Elles en ramènent de beaux poissons, de belles rencontres.
En Flore, fleurit des questionnements. Elle est belle avec ces enfants autour d’elle.
Céline, elle, plonge dans les relations sans peur et avec beaucoup de cœur. Elle revient grandie.
Amie de route. Les tâches se partagent.
Cette page du blog m’a été difficile à écrire. Tout est complexe en soi car nous vivons dans un autre registre relationnel. Nos repères deviennent erreurs. Nous sommes sur une terre inconnue de nous-même, rien est claire, la lumière du jour peut brûler, une parole peut disperser. Notre voyage est réel.
Nous reprenons ce jeudi la mer, là où la nature est reine, les tons s’y rejoignent, ils ne sont plus étrangers, les référents temporel, culturel s’estompent.. Tout y redevient unité. Nous nous en nourrirons avant d’aller à la rencontre du peuple de la Casamance, les Diolas.
Publié à 14:26, le mercredi 17 février 2010, Réserve Sylvo-Pastorale du Sine-Saloum Mots clefs : En route vers le SaloumNous quittons Dakar dans une demi-heure en direction du fleuve Saloum sur notre bateau accompagné d'un pêcheur Lébu, Mamadou. Les nouvelles viendront se déposer sur votre écran au rythme des tams-tams africains. L'Afrique demande de lâcher nos assurances, nos facilités pour reprendre la barre de nos vies. Plus conrètemement, ou plus maritemement, une VHF, un pilote, une assurance sont remplacés ici par le savoir faire, la vigilance et les compétences d'un bon équipage. Nous quittons Dakar en convoi avec un équipage Voile sans Frontière, venant, par mer ,apporter des soins dans des villages retirés. Eux, soignent notre âme de leur Animisme et nous venons soigner leurs plaies? Nous ne savons aujourd'hui... Nous viendrons vous le partager. Publié à 17:01, le vendredi 29 janvier 2010, Dakar Mots clefs : { Page précédente } { Page 1 sur 17 } { Page suivante } |
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