On the road again

La Casamance: coeur de l'animisme sénégalais.

 

La Casamance : grenier du Sénégal – Coeur de l'animisme sénégalais.

Après une nuit de navigation mouvementée, un chenal d’entrée en Casamance étroit, nous sommes escortés par une houle éclatant en tout sens sur des hauts fonds. Les vagues espérant peut-être poser leur écume sur le sable, reprendre force, se heurtent violemment à celles reprenant le large. En émerge, une explosion de force à la hauteur de leur désarroi. Soudain, un banc de sable se fait palissade, derrière lui, se tient un chœur d’oiseaux, là, pour nous accueillir, nous dirigeant de leur chant vers un havre de paix, un havre de vert. L’aridité, le sel brulant du Saloum semble loin.  

Comme si, notre "terre-mère" venait nous bercer dans ses bras de verdure, arrosant de la rosée du matin nos terres arides, salinées, brulées par le Saloum. Nous nous poserons durant 4 jours dans un petit bolon derrière Djifer. Seul un enfant, Maurice, nous indiquera qu’il y a présence humaine. Ici, nous pensions être dans le pays des oiseaux, hébergés dans un site arboré de nefiers, de fromagers, de rogniers, d’acacias, de fromagers, d’euchalyptus…. Un souffle de vie.

L’abondance du vert semble agir sur l’esprit des diolas, peuple d’ici. Leur attention en notre égard n'est pas démesurée. Ils paraissent sereins, en paix.

 Maurice, jeune piroguier de l’âge de Baptiste, vient nous observer, monte à petit pas sur le bateau. Le lendemain, il emmènera Baptiste et Edwige chez lui. Il sera notre gardien et l’ami de jeux des enfants.

 

 

 

Kachouane:

Nous voguons de surprise en surprise. Après quelques jours au vert, faisant le plein de fraicheur végétale (imaginez qu'ici nous avons jusqu'à 42 degré), nous prenons route vers Kachouane.

L'ancre jetée,...Quel étonnement! Après quelques centaines de mètres sur terre, raisonnent des entrailles de la terre le rire, le jacassement de femmes du village. Elles sont, là, autour du puits, plongeant le seau pour assouvir la soif des légumes du jardin maraîcher (comme elle le nomme). Elles l'arrosent abondamment à l’aube  et à la tombée du jour. Les tomates, les aubergines et les choux semblent être enrichis de leurs forces, juteux de cette eau puisée à 15 mètres à force de bras, ils paraissent même complices des secrets des femmes. Fatou Diome, auteur de ce superbe livre "Le ventre de l'Atlantique", nous livre en ses mots:

" Dans ces villages, rien ne se dit vraiment, on puise les nouvelles avec l'eau du puits et tout le village boit à la même source.  Les histoires de famille, même très anciennes, flottent toujours dans les bassines des femmes, qui les mijotent ensuite à leur manière."

 

Aller chaque jour chercher nos légumes chez ces femmes me rapprochent d'elle, me rend presque complice de ce que je ne sais.  Un soir, il m'est arrivé de nager avec les femmes dans le fleuve.  Torses nus, elles se glissent dans l'eau, maladroites dans les gestes, elles se chatouillent , se poussent comme des enfants.  Je me suis laissée emportée dans leurs jeux.  Un moment de candeur. C'était bon.. . Que de rires, de gestes coquins.  C'était bon.  Mon rire d'enfant m'est revenu.

Nous devrons nous-même puiser au fond du puits pour remplir nos vaches à eau du bateau,plus de 600 litres.

Pour Ghislain et moi-même, nous sommes heureux de pouvoir vivre cette expérience avec nos enfants. Nous espérons de tout coeur qu’ils pourront d’autant plus remercier la terre de tous ces dons. Nous sommes aussi interpellés par eux: ils n'ont pas emporté jeux ici et, pourtant, oh combien ils puisent dans leur imaginaire. Ils jouent encore et encore et s’endorment épuisés de tous ces rôles, ces scènes interprétées du haut de leurs âges. Puissions nous garder à notre retour cette simplicité de vie, loin d’objet tout fait, tout construit, tout pensé.

  

Baptiste, piroguier d'un jour                                                        Les bateaux se mettent aussi en fête. 

 

En Basse-Casamance, les villages sont plus souvent mixte :dialos, wolofs, toucouleurs cohabitent. Tout comme au Saloum, le premier chant du matin est celui du minaret. Il nous semble venir de loin,loin de la racine de ce peuple. Puissent leur choix être spirituel et non guidé pour des avantages financiers.

Kachouane,nous en ferons notre village de quelques jours, des liens se tissent, des liens de coeur. 

 

 

 Flore ira tôt le matin sur des chemins de savane rejoindre Belle, notre boulangère de ce village.

 

 Ici, Mariama, nous a accueilli chez elle pour partager un petit temps de vie.  Leur habitat, au sol de sable, est impeccable, balayé, le dos courbé, par ces femmes avec un bouquet de paille.  L'art du beau d'ici.

 

 

 

En route vers la Haute-Casamance:

Des dauphins viendront jouer à la proue du bateau.

Nous jetons l’ancre à Nioumoune,village diolas, animiste, connu de tout le Sénégal pour la puissance des ses fétiches.

 

Enseignés, guidés par Chritophe et Isabelle,couple suisse, présent ici depuis plus de 4 ans,ils nous livreront leurs interrogations, découvertes et expériences. Leur bateau nommé "Stellina" est ce qu'ils sont pour nous: notre étoile.  Avec beaucoup de respect, ils parleront de ces peuples.

L’animisme, à ce jour, nous échappe en grande partie. Actuellement, la société dans ce village semble être actionnée par un marionnettiste, qui n'est que l'âme des ancêtres. Il parait assez dictateur, dans le sens qu'il garde ses brebis par la peur.  Tout cela, n'est qu'une impression, un résumé des collectes des partages vécus avec les gens du village et ceux d'occident.  Les sénégalais se disent peu, gardent en eux ce qui est réellement.  Femmes et hommes ont leur bois sacré où se vient des rites, où reposent des fêtiches, oeil bien présent des hommes du passé. En d'autres mots, l'animisme paraît être un menhir, un socle implanté dans la terre des ancêtres.

En communauté, ils paraissent vivre; les enfants jouent avec leurs pairs, les femmes partagent ensemble les tâches de lessive, de culture et les hommes, eux, se rassemblent sur la place du village à l'ombre d'un fromager.  

Tout conflit, est ,tout d’abord, géré par un voisin faisant appel à d’autres voisins si nécessaire. Le chef du village rappellera à l’ordre. Quand il y a une difficulté, elles se règlent en présence du village où le chef se fera juge en écoutant chacun des partis.

 

Un ami devra, lui, venir s’excuser d’avoir pris un fétiche pour une babiole, il devra sous plusieurs formes réexpliquer son erreur devant le village

Soirée à Nioumoune de danses traditionnelles des hommes.

 

Plus le temps avance, plus tout nous semble confus.   Nos codes de conduite sont si différents qu'il serait audacieux d'en décrire les fondements, les fonctionnements et le feu de vie de ce peuple de la Casamance. Comme nous le partagera une belge, une amie en devenir, Joelle, vivant ici depuis de nombreuses années, nous ne pouvons pas juger, comprendre ces personnes étant donné que nous, occidentaux, sommes dans un état de sécurité intérieure, nos besoins sont assouvis. Eux, vivent dans la survie. Nous pouvons simplement écouter l'autre, pour pouvoir l'entendre le rejoindre sa terre. 

Actuellement, au moment où les mots se déposent sur l'écran, à 10km d'ici, l'armée bombarde un lieu où se réfugie les rebelles.  Nous sommes là sur un bateau en se réjouissant d'être ensemble et dans un même temps, la mer d'huile de ce soir semble garder son souffle, apeurée par  cette violence de l'homme.

Parallèlement, ce dimanche nous avons été à une cérémonie religieuse, chantée, dansée et aussi faite de partage.  Les paroles de chaque membre de l'assemblée étaient pleines d'humanité, de spiritualité.  En émergeait un dénominateur commun,celui d'aimer plus justement.

 

Nous sommes profondément interpellés en tout sens.

Alors,il est vrai qu'importe, donnons ce en quoi nous croyons et espérons que nos geste puissent être reçus dans leurs intentions.

Plus concrètement, la vie à bord est ce quotidien fait de ces tâches parfois plus laborieuses: l'école sous 40 degrés, la cuisine avec un éventail de légumes restreint.  Il aurait été plus facile de rester en Belgique néanmoins combien cette expérience vient nous appeler à avancer, à rencontrer nos pauvretés pour s'en sortir grandit. Et le plus beau est la richesse de partager ces rencontres avec nos enfants.  C'est ce que nous désirons leur offrir dans notre rôle de parent.

Pour la suite de notre programme, nous devons abandonner les Bijagos étant donné que notre bateau n'est pas fiable: les moteurs lâchent, rongés par la rouille. 

Ce changement de programme nous permet d'aller plus loin ici dans les rencontres.

Demain, nous reprenons  le fleuve pour aller nous balader dans une forêt de fromagers, y fouler un peu de quiétude, retrouver ce langage commun qu'offre la nature.

 

 

 

                       

Du bateau-stop, un piroguier s'accroche à notre bateau pour remonter le courant du fleuve.

PS: Veuillez m'excuser pour les fautes d'orthographe égarées dans l'article passé. Ayant un temps limité de connexion, Ayant été interrompue par une coupure de courant, je n'ai eu le temps de relecture.


Publié à 12:10, le samedi 20 mars 2010,
Mots clefs :


Commentaire sans titre

20:43, lundi 22 mars 2010 .. Publié par Denys
Salut les amis!
Enfin! On ne peut pas dire que vous nous arrosiez de nouvelles... Y a pas de cyberpirogues sur le fleuve? Benoit est parti à Malaga, mais ne t'inquiète pas Ghislain, j'ai trouvé un copain sénégalais qui veut bien s'occuper de tes affaires...Juste retour des choses...
Gardez bien tous les waypoints, on ne sait jamais, ça peut toujours servir à d'autres!

Commentaire sans titre

23:48, lundi 22 mars 2010 .. Publié par PhV
Quel plaisir de lire ce blog si interpellant et de contempler les photos ! Pour ceux qui ont séjourné en Afrique noire, on y retrouve les effluves de cette humanité si attachante, des rencontres, partages, rires, joies et souffrances, des pauvreté matérielle et richesse du coeur, beauté, dépaysement, découverte d'une autre région de notre belle planète terre, émerveillement mêlé de réalisme,
progression dans la connaissance des autres hommes, femmes, enfants ...
On ne peut que vous féliciter d'avoir tenté cette expérience que certains ont qualifiées de quasi impossible ! Bonne continuation

Commentaire sans titre

05:26, mardi 23 mars 2010 .. Publié par christine
bonjour les amis,
Quel plaisir de partager ,depuis l'autre côté de l'Atlantique , vos périgrinations africaines!Celà fait tout drôle de retrouver sur vos photos les enfants et les femmes avec qui nous avons passés tant de bons moments.
Nous vous souhaitons d'autres belles rencontres,
christine

bonne fin de route

16:20, dimanche 28 mars 2010 .. Publié par Henry & Florent
Les cousins et cousines vous attendent avec impatience pour le récit de vos aventures africaines. Et pour les oeufs de Pâques le 11 avril !
Bon vent ! Et le moins de panne possible !

Saudades!!

02:35, mardi 13 juillet 2010 .. Publié par Felipe
Fala Galera!!
Eu não acredito que vocês ainda estão velejando!!!
Entrei no seu blog e vi as fotografias. Vocês estão enormes!!!

Tenho muita saudade de vocês! Quando voltarão ao Rio de Janeiro?

Foi tão bom estar com vocês que comprei um barco para matar a saudade.

Vejam: http://ikaradingue.blogspot.com

Beijos a todos!!
Bons ventos e Bon Voyage!!

Felipe - océanographe du Abrolhos

{ Page précédente } { Page 1 sur 35 } { Page suivante }

Qui sommes-nous ?

Où sommes-nous ?


Derniers articles

La Casamance: coeur de l'animisme sénégalais.
Saloum: fleuve de sel
En route vers le Saloum
Afrique de l'Ouest:
Mexique:
Guatemala: Antigua -Tikal-Coban-Chichicastenango-Nebaj-Todos Santos
Guatemala: on the road again
Le Sud des Antilles
Une remontée dans le temps
Guyane-Îles du Salut-Tobago
Guyane
Fortaleza-Lençois-Cayenne
Salvador à Fortaleza
Des baleines au rio Inferno de Bahia
Remontée vers le Nord
Iguacu Pantanal
Sud du Brésil
Rio la merveilleuse
En route vers Rio de Janeiro
La baie de tous les Saints
Salvador de Bahia
Joao Pessoa: ville paisible et sûre
Entrée dans le Rio Paraíba
Paradis terrestre
Traversée de Praia de Santiago à Fernando de Noronha
Les Galapagos brésiliens
Atlantique Nord
Traversée de l'Atlantique
Une porte s'ouvre sur l'Afrique
Décembre Traversée Canaries - Cap Vert