On the road again

Salvador à Fortaleza

De la bahianaise aux invincibles pirates, notre route continue.

 

 

 Photo (du site Wikipedia) d'une baleine à bosse femelle; par son saut, elle  signifie au mâle son refus pour l'accouplement.  Ah, ces femelles....  Spectacle dont nous avons été maintes fois spectateur.

Salvador à Fortaleza : 

Retour à  Salvador, un autre regard. 

A notre premier passage, nous captions l’aspect folklorique, historique de cette métropole. 

Aujourd’hui, Salvador nous a dévoilé sa situation plus sociologique : un visage d’une grande pauvreté. Combien les rues fourmillent de détresse,  les pieds sont souvent nus dans la crasse, la rue est l’habitat pour un grand nombre  d’ hommes, femmes et enfants.

Dès la nuit tombante, les trottoirs se transforment en dortoir.

Tout semble ton sur ton : le visage et le regard brun, les habits  troués, d’un beige délavé sur une peau foncée, les murs grisâtres de pollution.

A l’aube, en allant chercher notre pain, nous découvrons encore les uns et les autres, endormis ; un couple sur une table, un homme ayant comme oreiller une chaussure là dans une cabine de Bancontact.  La ville se réveille, les métiers de fortune apparaissent, une femme thermos à la main et quelques verre en plastique vendra son café, un autre vendra des cartes téléphoniques sur une petite caisse de carton et des jeunes enfants, à moitié endormis, assis sur le trottoir, les pieds posés sur la chaussée. Leur mendicité est presque agressive.

Oui, Salvador impressionne.

Se réjouir de ce pays qu’en on y trouve de la détresse. 

Tout est paradoxal.  A la fois, pouvoir le dire, le témoigner sur notre site, c’est reconnaître peut-être l’oublié et aussi rappeler que dans le train de l’essor économique, d’autres restent sur le quai, sur le trottoir, n’ayant que les résidus de ceux qui y sont passés.

 

Salvador sera pour les enfants les retrouvailles avec des enfants de voyage :

 

 Eloée, notre petit coup de cœur familial, professeur, à ses instants, d’Edwige, complice de Céline.

 

Maelle,  en route depuis sa naissance, fille de Christian et Christine du bateau Tara. Famille en quête de la rencontre. Maelle est une fille de la mer et des rencontres. Elle vient nous partager ses talents de chef coq.

 

Phil, Kim et leurs deux enfants, venant d’Afrique du Sud. Leur terre est l’eau. Phil semble plonger ses racines dans la mer.  Il navigue avec son sextant et ses connaissances du langage de la mer. Un vrai. 

Salvador sera, aussi, un arrêt pour effectuer quelques  travaux ou amélioration du bateau ; de nouveaux coussins, galvanisation de l’ancre, révision des moteurs, du mat.  Des petits ajustements rendent la vie à bord tellement plus confortable: une étagère, les joues du bimini. 

 

Un grand moment à Salvador: 

 Notre passage à la poste pour envoyer tous les devoirs et clôturer l’année scolaire.  Quelle victoire pour chacun : remise de médaille, repas de fête…Vive les vacances….

 

Rio Paraguaçu :

 

 

                                                        

 

Après Salvador, nous irons cueillir, une dernière fois, avant notre départ vers le Nord,  la quiétude du rio de Paraguacu. Quel bonheur de repénétrer un Rio, nous ne nous en lassons pas….

 

 

 

Maragojipe :

                              

Arrivée au jour du marché, coloré ,sous une chaleur accablante….Flots de scènes et d’images.

 

 

Le lendemain, nous aurons toute la chance d’être encore là pour participer à la fête du village, fête de la Saint Bartholomé:

 

                       

 

 

 

                       

Chevaux et taureaux sont sellés. Les hommes et garçons du village courent dans les rues pavées de Maragojipe.                   

 

                               

 

 

San Francisco :

 

Ancien couvent des franciscains, le seuil dans l’eau. Un village s’y accoude; juste quelques rues. Les ânes et chevaux sont véhicule.  Nous sommes accueillis avec tant de gentillesse.  Une maison se construit dans le village; les hommes sont responsables de la structure en bois, les femmes, des briques de terre. 

 

 

 Ah!!! ces Rios, ces pêcheurs et leurs voiles de récupération.

 

Salvador Fortaleza : 800 miles, 5 jours de navigation.

 

Un couple de baleine nous escortent jusqu'à la sortie de la baie.

La mer sera assez forte, avec un vent très changeant. 

De nuit, nous emporterons avec nous, un filet de pêche. Les quarts sont intenses. Pour certaines manœuvres, 2 paires de bras sont nécessaires pour enrouler le génois tant le vent est fort. Mes mains se durcissent malgré la paire de gants.

La vie à bord: jeux de société, pêche, nouvelles recettes, embrassades.  La complicité s'accroit au rythme des miles avalés.

 

De grains en rayons, nous naviguerons pour arriver de nuit à Fortaleza. Céline, la belle du soir, participe à l'approche de Fortaleza.

 

 

Des instants, comme ceux-là, valent toutes les vaiselles, les lessives.  Comme je l'aime mon équipage.

 

 

 

Nous nous amarrerons au Marina Park hôtel. Tout mouillage est déconseillé, question de sécurité.

Nous découvrons une ville pleine de contraste.  Nous y sentons un climat d’insécurité. Il s’y trouve  la plus grande favela d’Amérique du Sud, de plus de 300.000 habitants

 

Fortaleza :   des photos sont à venir....

 

La marina nous permet d’utiliser les services de l’hôtel, bien confortable après une navigation assez corsée.

Nous pourrons plonger dans la splendide piscine mais surtout nous cotoyions les extrêmes : les enfants des milieux plus aisés ayant tendance à être obèses, se promenant un paquet de chips à la main, se glissant dans la piscine appuyés sur une bouée (juste flotter et non se dépenser). Par contre, leurs mères, aux seins uniformes, au derrière relevé et aux lèvres avancées, momies plastifiées intemporelles, se doreront au soleil…et là, au même moment, surplombant la piscine de la Marina, les favelas, balcon des pauvres plongeant le regard dans  l’abondance des riches….

Nous sentons entre notre bateau et la ville, un mur, un paquebot qu’est cette hôtel de luxe; comme un mur de l’incompréhension ou de la peur, de la crainte. 

J’aimerai pouvoir circuler librement entre ces deux réalités.  Néanmoins, nous serons continuellement mis en garde : attention, n’y allez pas là, ne restez pas ici,….

Là où est l’abondance semble avoir l’apathie et là où est la carence, la violence. 

Ces deux réalités se côtoient et m’impressionnent beaucoup.

Fortaleza était pour moi une étape importante ; y fêter le 15 août.

J’ai voulu être spectateur du syncrétisme,  combinaison de doctrines, de croyances, initialement incompatibles. 

En effet, le Candomble, religion, croyance importée par les esclaves d’Afrique, fut pourchassée, punie par l’Eglise.  Le candomblé dût  user de pseudonymes.

Ils utiliseront des noms et des apparences catholiques aux divinités africaines, inventant des ressemblances entre les figures catholiques et les orixas, divinité, esprit du Candomblé. 

Derrière le visage de Marie, par exemple, ils prient Iemanja, divinité de la mer, la mère des eaux.  Le 15 août, Assomption, fête de Marie, était donc l’occasion pour nous de participer à l’une de ces fêtes du Candomblé. 

Nous nous sommes rendus à la « praia de Futuro », là où les brésiliens (plutôt de couleur foncée) viennent faire offrande à la mer. 

                           

Le taximan (le bus, ici, est déconseillé, surtout pour cette destination) nous y menant n’arrêtait pas de nous mettre en garde.

Nous y découvrirons une plage « noire » de monde.

Des groupements de personnes habillées d’une couleur (blanc ou bleu) s’y tiennent  Au centre de chaque groupement, y danse un Pai ou une Mai de Santos ( littéralement, un père ou une mère des Saints,  l’intermédiaire entre les saints et l’homme) entrant dans une transe, les yeux relevés vers le ciel.  Ensuite, il sera accompagné  par un jeune jusqu'à la mer et y déposera des fleurs comme offrande. 

Etre spectateur de ce rituel était impressionnant.

Tout d’abord, la transe est difficilement entendable par notre esprit cartésien. Trop carétsien, peut-être... 

Il faudrait être accueilli avec confiance pour pouvoir mieux rejoindre, lire ce qui se vit, le rôle de chacun, la part de transe ou d’alcoolisme…Certains semblaient avoir bu. 

Ce détachement de la réalité, cet état de transe, était-il intensifié par les conditions de vie misérables des personnes réunies ici? 

Est-ce un moyen   pour s’éloigner de leur réalité de vie , si pauvre?

Il y avait quelque chose de grave.

Des chants, des rythmes semblant désaliéner les individus d’eux-mêmes pour les amener dans un corps communautaire.

La cohésion était grinçante, grave, éteinte. Aucune joie.  C’était autre. 

Frappant,  peut-être, par son contraire  à  la valeur de la paix, plus catholique ou occidentale? 

Ici, il y avait de la dureté et même, me semblait-t-il de la provocation?

Nous ne nous sentions pas à notre place.  Nous nous sommes même sentis  en insécurité en allant à cette fête. Flore en a perdu ses chaussures.

Nous sommes revenus le cœur battant, comme ayant approché un monde que nous ne connaissions pas, un monde dont on ne peut y accéder comme spectateur.  Etions nous des transgresseurs ? 

 

Nous sommes retournées vers la marina, située près de la cathédrale de la ville.

Là, avait lieu une procession de plus de 6 heures, hommes, femmes enfants, familles, personnes seules ou handicapées, des dizaines de milliers de personnes marchaient en chantant des Avé Maria ou autre chant pour Marie. 

                 

Habillés majoritairement de blanc, ils avançaient vers l’avant. Ensemble. Un peuple en marche, en foi.  Nous sommes passés dans ces deux expressions de la foi.

Il faut savoir que le Brésil est le plus grand pays catholique au monde et aussi le plus grand pays de religion africaine Candomble.

 

La domination de l'homme blanc a donc été partiellement une illusion.  Vouloir imposer une religion par le sang et l'autorité est un leurre.  L'homme reste libre dans son âme. 

Dieu en soit loué, que ce soit leur Dieu ou le nôtre. 

En tout cas, même si les batiments de Fortaleza sont pauvres en témoignage de son histoire.  Le peuple lui, de mot en mot, de rite en rite a transmis un héritage.  

 

Une autre fête a eu lieu à Fortaleza, une autre orixia, la nôtre: Flore, notre artiste de la vie, colorant ses jours, dégustant ses rencontres, ses découvertes et ses lectures.  Une Flore à l'affection généreuse.  Nous l 'avons fêté dignement pour ses 9 ans: entre nous, avec ses amis de route et en contact avec son amie de Belgique. 

Comme elle en a profité.

Le Brésil nous fait sortir de notre cocon, nous faisant rencontrer les extrêmes de la vie, être plus conscient des deux visages de la vie.  Nous sommes comme déshabillés, plus fragiles.

                                                    

 

Nos connaissances semblent plus fébriles et surtout nous sommes poussés vers l'avant pour aller à la quête d'expérience, de savoir, de l'histoire de ces hommes et ces femmes.              

      

                                     

Nous reprenons dans 2-3 jours la direction du Nord pour nous rendre à Lençois. Ensuite, nous quitterons le Brésil pour rejoindre la Guyane française ; Cayenne, une porte vers l’Amazonie, Kouru et sa station de lancement de fusée et tout ce que nous ne savons encore. 

  Genesis 5:

"Dans l'eau, on danse avec légerté dans un fluide qui vous enveloppe et vous porte.  S'aventurer sur la terre ferme, c'est changer de planète.  Fini de danser, il faut marcher.  Et la pesanteur est cruelle.  Le corps devient lourd à porter.  Très lourd. C'est la patte, avec sa charpente d'os, qui le soutient comme un pilier vivant. 

Le monde est un grand labyrinthe. Plein de mystères et de dangers.  Perdu dans cette immensité, chaque être vivant trace autour de lui une frontière invisible.

A l'intérieur de ce cercle magique, dans cet espace familier dont il connait chaque recoin, il se sent en sécurité.

Si un inconnu franchit cette limite alors commence le temps des combats..."

                                                  

 


Publié à 08:59, le samedi 16 août 2008, Fortaleza
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Commentaire sans titre

15:13, lundi 18 août 2008 .. Publié par Cecilia
Vous venez de faire une expérience difficile. On a parfois du mal à accepter et à vivre le quotidien des autres.
Nous ne nous rendons pas toujours compte de la chance que nous avons de vivre dans une région du monde sûre où la pauvreté est toute relative.
Continuez votre beau parcours sereinement.
Amitiés. Je vous embrasse, Cecilia.

Commentaire sans titre

09:32, mercredi 20 août 2008 .. Publié par Anonymous
Bonjour chers amis !
Quel bonheur de vous lire, nous voyageons avec vous... Tout a l'air tellement sublime ! Merci pour ce partage !!
N'avons pu nous empêcher de penser à vous cet été, en vacances, petit-déjeunant au bord de la fontaine sous les platanes de ce magnifique havre de paix où nous avons séjourné ensemble...
Nous vous envoyons toute notre affection ;-)
Nous 6...

Coucou les Morel

19:54, jeudi 21 août 2008 .. Publié par Anonymous
Trop beau,... quelle émotion de vous savoir dans mon coin du monde!!! Il n'est vraiment pas trop tard si vous voulez passer au Panama vous y êtes les bienvenus!!! Vous êtes vraiment généreux d'offrir cette expérience de vie à vos enfants. Croyez moi, ce sera pour la vie. Bisous et au Plaisir de vous relire Ana Maria

SUIVI DE VOTRE VOYAGE

04:19, vendredi 29 août 2008 .. Publié par YVES ET JOELLE DEBRY
Salut les amis,
Nous revenons du Mali, où Olivier et Fenny Verstraeten nous ont accueillis et accompagnés une partie du voyage. Ce petit détour par un pays aussi pauvre me fait mieux vivre les contrastes et le désarroi que vous pouvez vivre face à la vie des favelas. Un pied sur le pont de notre système économique favorisé, un pied sur le quai de la vie de ces gens à l'encontre de laquelle vous allez avec audace! Magnifique blog dont je me réjouis de poursuivre la lecture et que je m'enchante à faire connaître à Joëlle et aux enfants. Bon voyage, Yves

Quel bonheur de vous suivre !

09:11, mardi 2 septembre 2008 .. Publié par Anonymous
Quel plaisir de vous suivre et de vous lire.
J'ai l'impression de voyager un petit peu avec vous.
Amitiés Joelle

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