On the road again | |
Guyane-Îles du Salut-TobagoKourou-îles du Salut-Tobago
Les îles du Salut : île au Diable, île Saint-Joseph et île Royale: Un bain de verdure, de la terre en mer et de la mer en terre. Ghislain astique, récure, aménage le bateau. Nous, les enfants et moi ,pendant 4 jours, plongeons, explorons eaux et forêts.
Gambadons sur les chemins de pierre surplombant la mer. Discutons avec les singes, saluons les iguanes.
Toutes les bâtisses, les murs et chemins de pierre semblent encore porter le soupir, l’épuisement de ces hommes, de ces bagnards. L’idéologie pénitentiaire déclare : "La bagne est d’améliorer la terre par l’homme et d’amender l’homme par la terre." Est-ce la terre ou l’homme qui en est sorti anobli ?… La proximité, l’enfermement sèment la cruauté entre les bagnards. Ce bagne, est-il une stratégie coloniale et géographie, une manigance post-abolition de l’esclavage ? L’histoire retiendra la souffrance et aussi l’ingéniosité de ces bagnards pour s’évader. Celle que je retiens : 500 peaux de goélands méticuleusement séchées et assemblées pour former une voile. La voile de la liberté. Belle était la voile, un échec fut la belle. Une bonne-mamy de route, Malou, nous invitent à un goûter-crêpe. Dominique, lui, nous jouera quelques morceaux de son saxo. De belles rencontres. Le temps d’une traversée :îles du Salut-Charlotteville (Tobago) Six jours, avoir comme horizon une ligne, un trait distinguant deux bleus, de nuit, deux gris. Rien que cela… surtout, tout cela. Un vide pourrait-il sembler ? Un plein. Une densité, une consistance. Temps de jeûne d’une pensée active, créatrice, projective. Le seul projet, ici, est d’être là ensemble à 6, à deux, seul(e). Là ensemble, Il est 6 heures du matin. Ghislain entre veille et sommeil est couché sur le ponton arrière. Un à un les enfants arrivent, se glissent dans un coin du carré, entre les coussins, se serrent les uns contre les autres comme des petits oisillons dans un nid. Ils piaillent, ils chuchotent, observent d’un coin de l’œil leur père. Dresser la table du petit déjeuner est un rituel. La journée commence. L’heure de l’école s’annonce. Chacun à son plumier, à sa matière, à son professeur attitré. Plaisir, enthousiasme et curiosité pour certains, découragements pour d’autres. Trois heures de travail et puis tout ce temps : les uns plongeront pinceaux à la main dans leur imaginaire, d’autres s’assieront sur le pont avant . De loin, je tendrai l’oreille pour goûter aux discussions entre enfants. Un pur délice pour une maman. Pour Ghislain, c’est un temps de lecture….jusqu’au moment où… les enfants s’agitent, la cane à pêche courbe le dos, la ligne file. Ghislain attrape la cane, je redresse le bateau pour ralentir notre route. Et le combat est lancé. Combat entre lui et Ghislain. Il tire, Ghislain le ramène, il plonge, Ghislain tente de le fatiguer. D’un coup de crochet, il est remonté sur le pont. Pour Baptiste, il est trop beau pour le garder. Le malheureux perdant de1m30 ( !) sera au menu durant les 3 jours à venir : Mise en scène, mise en plat et mise en bouche. Voilà son sort. Chacun re vaque à ses occupations.
Je réunis les enfants autour de moi pour leur conter l’énième épisode du capitaine Cook. Ces temps de lecture sont pour moi tout le luxe de ce voyage. Quel plaisir de me donner à travers des récits. Il est 17h00, le soleil revêt sa tenue orangée du soir. Nous nous retrouvons tous les 6 à l’avant, fidèles spectateurs à la mise en mer du soleil. C’est le temps des palabres, être juste bien serrés les uns contre les autres en silence, en mot ou en geste. Le temps d’un repas, le temps d’une histoire, le temps d’un bonsoir, d’un rebonsoir et d’un assoupissement. Le mien à cette heure est sur le pont avant. Je ne veux aucunement manquer ce rdv. Durant six heures, là, seule à veiller, à cheminer, à m’imprégner, à me constituer. Comme une élève bien appliquée, je reviendrai chaque soir me laisser enseigner cette rencontre où tout semble s’unifier : mer, ciel,bateau et chacun de nous, pénétrant, intégrant ce tout. Le regard porté vers cet infini, cet inaccessible, l’esprit et le corps disponible à accueillir. Je note, incorpore. J’en prend de la graine et espère qu’à notre retour, dans la forêt ou les champs, dans une foule ou lors d’un rdv, je pourrai garder cette attitude, cet élan vers l’avant tout en étant présent à la scène de l’instant se livrant. Ces temps de traversée sont des temps si riches, d’une grande paix, d’une profonde sérénité intérieure. C’est captivant. C’est un vrai roman de vie lu à 6 et entendu différemment.
Après 5 jours, apparaît à l’aube une patte rocailleuse, couverte d’un manteau de verdure posée sur l’océan.
La nature vibre de vie. Elle chante.
C'est Tobago, l’île aux oiseaux. Une nouvelle rencontre s'annonce. Extrait de Génésis : « Comme deux aimants, les îlots d’écume s’attirent puis se fondent l’un dans l’autre.Ainsi naquit l’amour.Nés de cette règle du jeu de la vie qui veut qu’on se mettre à deux pour en faire un troisième. Chacun ne possède que la moitié de ce qu’il faut pour en créer un autre.Il n’y a qu’un moyen pour approcher la seconde moitié : la séduire. La séduction est une force qui agit à distance, comme l’attraction des corps. C’est un appel puissant, pressant…. »Publié à 06:52, le jeudi 30 octobre 2008, Trinité-et-Tobago Mots clefs : { Page précédente } { Page 9 sur 34 } { Page suivante } |
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