On the road again

Une remontée dans le temps

Venezuela : l’Orénoque, fleuve du Venezuela, un des plus longs d'Amérique du Sud, 2760 km. (les 2 commentaires sous cet article sont a lire)

                                                              

 

Une nouvelle page vient s’écrire dans notre journal de voyage.  Elle était insoupçonnée.

 

Quelle surprise en pénétrant dans le delta de l’Orénoque.

 

 

 

Nous pénétrons un autre temps, une autre époque.

 

A seulement 10 heures de navigation de Trinidad, ici tout est vierge.  

 

Rencontre des indiens Waraos.

 

Deuxième tribu indienne du Venezuela.

 

Warao signifie « maître de la pirogue ».

 

La surprise est partagée ; tant eux viennent sur leur pirogue nous observer, tant nous sommes émerveillés par ces beaux visages, ces petits enfants, 2-3-4-5 par pirogue, maniant la pagaille comme le prolongement d’eux-mêmes.     

                                                                                            

Des visages pleins de candeur.

                                                  

Si heureux de nous saluer, si heureux de nous observer.

De grands gestes de la rive, de sourires larges généreusement offert. 

Que désirer de plus. Cette rencontre est un émerveillement partagé.

                                                          

Quelle simplicité, quel dénuement.

J’accueille cette rencontre comme un  message.

 

Ces indiens ont tout discrètement fait leur nid dans la nature, comme un enfant se loverai dans le sein de sa mère.  Une union harmonieuse pour ne former qu’un. 

Parfois une heure de navigation les séparent les uns des autres. 

                              

Aucune route les relie à la civilisation.  Ils sont enlacés par les mangroves.  Le chant du matin est non celui du coq mais ceux des singes hurleurs. Le crocodile noir, les plus grands caïmans, les anguilles électriques alimentent leur peur de plonger à l’eau.

 

En parcourant des « Paroles indiennes », j’ai retenu celles-ci, des Smohalla..  Ils parlent de la terre comme un être vivant, mère de toute créature. Leurs paroles semblent en adéquation avec la façon de vivre de cette tribu Warao rencontrée :

« Vous me demandez de labourer la terre.  Dois-je prendre un couteau et déchirer le sein de ma mère?Alors, quand je mourrai, elle ne voudra pas me prendre dans son sein pour que j’y repose.

Vous me demandez de creuser pour trouver de la pierre. Dois-je creuser sous sa peau pour m’emparer  de ses os ? Alors, quand je mourrai, je ne pourrai plus entrer dans son corps pour renaître. 

Vous me demandez de couper l’herbe d’en faire du foin, de le vendre pour être aussi riche que l’homme blanc. Mais comment oserais-je couper les cheveux de ma mère. » ( texte repris dans « Paroles indiennes").    

 

Saint-François d’Assise, dans les "Cantiques du frère Soleil", lui, aussi louera le Seigneur, pour sœur, notre mère la terre, qui nous porte et nous nourrit.

 

               

 

C’est dans ces pensées et prières que j’y trouve le sentiment qui m'habitait durant cette rencontre avec les waraos. 

             

Là, isolés,  au milieu de cette étendue de vert  sur les rives de l’Orénoque, ces indiens semblent faire partie  d’un tout, d’un même corps avec la Nature. Les fleuves paraissent être les veines nourricières dans laquelle ils plongent leurs filets.  

Tout est éphémère et à la fois le temps est suspendu.  Il n’y a pas de course, ici l’homme vit au rythme de la nature. 

 

Nous seront accueillis dans 2 familles.

                                                                                            

 

 

 

 

Plus haut, dans l’Orénoque, après 5 jours de navigation, les bœufs commencent à apparaître sur la rive, les habitats se regroupent et se consolident.  Notre remontée du fleuve s’arrête d’un coup. D’un coup de câble électrique reliant les 2 rives. Le mat l’accroche. Les habitants sont inquiets. Heureusement, rien ne casse.

Nous nous  arrêterons 2 jours dans leur village. Nous montons un échelon dans le temps.

L’électricité pénètre les maisons, alignées les unes après les autres sous la ligne électrique. L’école s’installe dans le village.  Nous y passerons la matinée. 

La journée commence par un levée de drapeau tout en chantant l'hymne nationale. 

L'école se compose de 5 classes de 5-6 élèves, chacune. 

Questions, échanges de dessins,chacun se présente.  Ils entonneront ensemble un joyeux anniversaire pour notre chère Edwige  

                              

Venezuela contre Brésil.  Résultats: foux rires.

                        

La fête continue pour Edwige à bord du bateau.

                          

Voir ces cousins ensemble se contant leurs aventures, chacun avec leur perception. C'est un pur délice.

Chacun se découvre autrement.

 

L’Orénoque semble annoncer Noël.  Les ibis rouges perchés sur les arbres ressemblent à des boules de Noël. A chaque arrêt, les dauphins roses, appelés aussi dauphins d'Amazone ou boutou, à  la physionomie surprenante, veillent sur nous. 

 Et les oiseaux….

 

 

 

 

 

 

Dès la tombée de la nuit, nous sortons les moustiquaires. Les moustiques sont nombreux.  Il fait chaud. La meilleure chambre, la grande suite, est sur le pont avant, sous une moustiquaire.  La forêt bruisse. Sous le ciel étoilé, sans un clapotis, les bruits de la nuit rebondissent sur l’eau et les rendent encore plus impressionnants. La forêt fourmille d’animaux. Une nuit, le nombre impressionnant de chauve souris vampires, volant à quelques centimètres de nous, nous font rejoindre nos cabines.

                                                              

 

 

Un indien, Dania, nous emmène pénétrer le mystère de la jungle.

 

C'est une expédition pour les enfants: marcher dans les marécages, parfois s'enfonçant jusqu'aux genoux, entre feuilles épineuses, fourmis rouges, cris des singes hurleurs.  Ils viendront même nous observer.

Dania les impressionne.  La forêt a tout ce qu'il faut.  Nous ne devrons plus nous charger de gourde et de collation. La jungle est une mère nourricière.

           

D’un coup de machette, il fait jaillir l’eau d’une liane,  

 

Il utilise l’arbre « sanguina » pour communiquer, des profondeurs de la forêt, avec sa famille. Il utilisera la sève rouge sang de cet arbre pour se maquiller,… De pas en pas, il nous livrera quelques secrets de la nature.  

                                 

 

L’habitat est simple; sur pilotis, un toit de branchage et le sol fait de rondins.

 

Regroupés par famille, maison contre maison, sans aucune cloison, quelques cochons en dessous, les hamacs, comme le lit, remballés la journée.                 Rien ne repose au sol. Des cordes suspendues font office d’armoire  pour les vêtements.  Au plus simple.  Interpellant.

Peu d'entre eux parlent l’espagnol.  Ils ne situent pas l’Europe.  Ils nous associent par notre couleur à des américains.

Leur monde se limite au vert qui les entoure.

 

 

   

                                                               

Des sourires d’ange, des voix douces. Ils sont intrigués.  Nous aussi.  C’est un échange. Tout comme nous le feront par le troc : un panier en vannerie contre de la nourriture.

 

Pour les enfants, c’était merveilleux de partager cette aventure entre cousins.  Echanges de bateaux, de jeux, de talents.  Chacun reproduira  à sa manière ses découvertes.  Après-demain, chacun reprendra sa route. Nous remontons vers les Grenadines, eux vers le Nord du Venezuela.

 

Extrait 7 de « Génésis »  de Claude Nuridsany et de Marie Pérennou :

 «  C’est l’amour qui m’a tiré du néant. Et puis, il y a eu deux vies. l’une où j’ai habité le ventre de ma mère. L’autre où j’ai habité le vaste monde.

Du moment où j’ai été conçu jusqu’à ma naissance, j’ai vécu en raccourci l’histoire de la Genèse…

Au commencement, j’étais une créature aquatique.La poche des eaux remplaçait  la mer primordiale des débuts du monde.A cette époque où j’étais à peine comme un haricot, j’avais un air de famille frappant avec les animaux.

De cet âge où s’inventent, se pétrissent peu à peu nos corps, nous nous ressemblons tous comme des jumeaux.Car nous sommes comme des filets d’eau jaillissant de la même source.  Comme les nervures d’une même feuille, les branches d’un même arbre.Nous sommes membres de la même tribu.

La grande tribu des vivants.

C’est ainsi que j’ai été un peu poisson, un peu grenouille, quand j’habitais encore le  ventre de ma mère. » 

               

     


Publié à 05:18, le mercredi 12 novembre 2008, orénoque
Mots clefs :


En suivi de votre incursion en Orénoque!

13:01, vendredi 14 novembre 2008 .. Publié par Florent Everard
Enoncés, regards, fleurs, arbres, animaux et ces indiens, ces enfants indiens qui sont nos compagnons sur notre terre. Tout, dans cette narration et ces photos, nous transporte dans un monde qui est un reflet de notre passé à tous. Nous devons nous y référer pour y découvrir notre vraie identité. Au même titre qui tout sur terre, nous ne faisons que nous transmettre et puis passer. Transmettons ce que nous avons de meilleur en nous, comme la nature nous en donne l'exemple. Laissons nos vieilles peaux et présentons nos beautés à ceux qui nous suivront. Ils s'en inspireront pour rendre le monde meilleur et non pas une arène où la force dévore l'esprit et le bien. D'un grand-père qui s'est promené dans votre prose et vos paysages. Papichou.

ASSOWARAO

22:19, lundi 24 novembre 2008 .. Publié par Anonymous
Superbe , vos photos sont magnifiques, je vous donne une adresse à visiter : www.assowarao.org ,nous sommes une association qui venons en aide aux warao du delta de l'orénoque plus particulièrement vers Buja ,je trouve votre reportage magnifique Merci de faire connaitre ce peuple en voie distinction malheureusement. Peut être un de ces jours au détour d'une mangrove !!!

Commentaire sans titre

23:35, mardi 2 décembre 2008 .. Publié par Anonymous
Avez vous lu ces deux messages magnifiques...celui d'un grand -père poète qui suit les siens à distance et qui relie avec sagesse ses observations de vie aux découvertes de ses enfants...pour en conter des essentiels ...? Merci Monsieur Papichou , vous êtes un "relieur d'humanité."
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Avez vous lu dans le second message ce fabuleux lapsus concernant cette tribu d'indiens "en voie de distinction"
il suffit parfois de changer un tout petit qqchose pour voir le monde autrement... YM

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